Cancer de Prostate et protection osseuse

Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme, avec une incidence annuelle estimée à 56 841 cas(1). C’est également la 3ème cause de mortalité par cancer chez l’homme(2). En 2008, la prévalence totale était évaluée à 508 699 patients(1). Sur 10 patients ayant un cancer de prostate métastatique, environ 8 ont une localisation osseuse(2). Ces métastases osseuses sont à l’origine de complications osseuses fréquentes qui sont pour 22% à 52% d’entre elles des fractures, 33% à 53% de la radiothérapie à visée antalgique, 5% à 11% de la chirurgie et 3 à 8% concernent les compressions médullaires(2). En l’absence de traitement spécifique par inhibiteur de la résorption osseuse, environ la moitié des patients ayant un cancer de la prostate avec métastases osseuses vont présenter une complication osseuse dans les 2 ans(6). La survenue de complications osseuses est donc fréquente, mais également précoce, puisque le délai d’apparition médian d’une complication osseuse sans traitement spécifique est de 10,7 mois(7). (La suite en cliquant sur le titre de cet article)

Il est donc important d’intégrer la prévention de ces complications dans la prise en charge globale des patients. L’objectif d’un tel traitement est de réduire le risque d’apparition de complications osseuses, et ce en l’initiant dès le diagnostic des métastases. Le but est également de maintenir la qualité de vie du patient en lui retardant l’apparition et/ou l’aggravation de douleurs le plus longtemps possible. Ainsi il est recommandé, par l’ESMO 2014, de débuter un traitement par inhibiteur de la résorption osseuse chez tous les patients ayant des métastases osseuses, qu’ils soient symptomatiques ou non(4).

La prévention de ces complications osseuses est un point essentiel, puisqu’il a été démontré qu’une fracture chez des patients présentant un cancer de la prostate augmentera la mortalité d’environ 30%(8).

On a également constaté qu’environ un tiers des patients ayant un cancer de la prostate et sans antécédent de traitement par déprivation androgénique, souffraient d’ostéopénie lors du diagnostic ainsi que d’une déperdition musculaire profonde et précoce la première année(9).

Cette perte musculaire, associée à l’âge, et à la diminution de la densité minérale osseuse, augmente le risque de chutes des patients, et par conséquent le risque de fracture. Ce risque de fracture et d’autant plus important lorsque le patient est sous traitement anti-androgénique(10).

Il a d’ailleurs été démontré qu’il y a un bénéfice à instaurer un traitement préventif par inhibiteur de la résorption osseuse chez les patients traités par hormonothérapie, et ce le plus précocement possible afin de réduire le risque de fracture(11).

C’est pourquoi les recommandations de sociétés savantes préconisent de débuter un traitement par inhibiteur de la résorption osseuse chez tous les patients avec un cancer de la prostate résistant à la castration, dès le diagnostic des métastases osseuses, qu’ils soient symptomatiques ou non, et de le poursuivre tout au long de la maladie, tant que la balance bénéfice/risque reste favorable pour le patient(4).

Il est rappelé qu’en cas de prescription d’un inhibiteur de la résorption osseuse, le bilan pré thérapeutique minimal doit contenir au moins (en complément du bilan de la déprivation androgénique) :

  • Un bilan infectieux buccodentaire auprès d’un dentiste ou d’un stomatologue (risque d’ostéonécrose mandibulaire)
  • Un bilan sanguin avec : NFS + Calcémie + Albuminémie (pour calcul de la calcémie corrigée) afin de rechercher notamment une hypocalcémie contre-indiquant le traitement. A redoser 15jours après la première administration.
  • Une supplémentation quotidienne de calcium et de vitamine D doit être prescrite dans
  • la majorité des cas.

 

Bibliographie :

  1. Les cancers en France. Les données. Édition 2014. Janvier 2015.
  2. Debiais F. Données épidémiologiques et cliniques des métastases osseuses. Oncologie 2015; 17:63-8.
  3. So A et al. Management of skeletal-related events in patients with advanced prostate cancer and bone metastases: Incorporating new agents into clinical practice. Can Urol Assoc J 2012;6(6):465-70.
  4. Coleman R et al. Bone health in cancer patients: ESMO Clinical Practice Guidelines. Ann Oncol 2014;25 (Suppl 3): iii124–37.
  5. Salomon L et al. Recommandations en onco-urologie 2013 du CCAFU : Cancer de la prostate. Prog Urol 2013; Suppl. 2: S69-S102.
  6. Beuzeboc P et Vieillard MH. Évaluation des complications squelettiques des métastases osseuses du cancer de la prostate : du SRE au SSE ? Correspondance en Onco-Urologie 2015;6(1):14-5.
  7. Cvitkovic F et al. Épidémiologie et aspects cliniques des métastases osseuses. Bull Cancer 2013;100(11):1073–81.
  8. Saad F et al. Pathologic Fractures Correlate With Reduced Survival in Patients With Malignant Bone Disease. American Cancer society 2007; 110(8):1860-7.
  9. Smith MR et al. Low bone mineral density in hormone-naïve men with prostate carcinoma. American Cancer society 2001;91(12):2238-45.
  10. Greenspan S et al. Bone Loss after Initiation of Androgen Deprivation Therapy in Patients with Prostate Cancer. J Clin Endocrinol Metab. 2005;90(12):6410–7.
  11. Lebret T et al. Physiopathologie et nouvelles stratégies thérapeutiques dans la prise en charge des métastases osseuses du cancer de la prostate. Prog urol 2011 21, 301—307.

Avec le soutien institutionnel d'AMGEN